Devenir orthoptiste : métier peu connu plein d’avenir

Avec l'utilisation de plus en plus fréquente des écrans, une orthoptiste comme Melissa, que je mets à l'honneur dans ce post, a de quoi faire. Au-delà de son expertise, je voulais savoir pourquoi elle avait choisi cette voie et lui donner l'occasion d'inspirer d'autres jeunes par son témoignage.

A l’ère du toujours plus de numérique dans nos vies et des temps d’écran qui explosent, pourquoi ne pas envisager de devenir orthoptiste ? Vous êtes jeune et vous ne savez toujours pas ce que vous voulez faire de votre vie ? Sachez que c’est une profession qui a de très beaux jours devant elle !

Ce spécialiste du paramédical connu pour la rééducation et la réadaptation de la vision, pour faire court, sera de plus en plus sollicité à l’avenir, par des usagers qui n’avaient aucun besoin jusque-là.

Après avoir consulté moi-même, suite à une fatigue oculaire intense, j’ai voulu mettre ce métier peu connu à l’honneur et j’ai invité une jeune praticienne à nous en parler.

Elle s’appelle Melissa et elle exerce au sein d’un cabinet d’ophtalmologie, situé en centre-ville de Nice.

Pour mieux refléter ses pensées et respecter le flux naturel de ses propos, la rédactrice s’est limitée à retranscrire ses réponses, avec juste, ici et là, quelques corrections minimes.

Qu’est-ce qui vous a poussée à devenir orthoptiste ?

Lors du programme de physique en classe de première, j’ai été tellement fascinée par l’œil et ses prouesses optiques que j’ai commencé à m’intéresser aux métiers autour de ces éléments-là.

N’ayant eu jusque-là aucune idée précise de ce que je voulais faire j’ai cherché et je suis tombée sur les études d’opticien et d’optométriste : le premier métier allait être trop commercial pour moi et le deuxième n’est pas reconnu en France.

Puis, après plusieurs forums d’études, ma mère est tombée sur un prospectus sur les professions paramédicales : orthoptiste, orthophoniste, audioprothésiste entres autres.

Elle-même avait déjà fait de la rééducation orthoptique et ma sœur aussi. En cherchant quelques informations sur Internet j’ai très rapidement compris que c’était LE métier que je cherchais : Il mélangeait les yeux, le contact humain, les sciences biologiques et optiques, et il offrait un large débouché ! En libéral, en salariat, auprès d’un ophtalmologue, dans un hôpital ou en équipe pluridisciplinaire et des spécialisations multiples… Le top.

D’autant plus que les études n’étaient pas très longues : quelques mois de préparation pour le concours et 3 ans pour une licence.

On m’a souvent demandé pourquoi je n’ai pas fait médecine pour faire ophtalmologue.

Ce n’est pas ce que je voulais faire, l’orthoptie m’intéressait beaucoup plus, tout simplement, et puis le temps d’étude n’est pas à négliger non plus …

Comment définiriez-vous votre travail d’orthoptiste pour celles et ceux qui ne le connaissent pas bien ?

C’est un travail très complet : à la fois humain et technique. Il faut aimer les yeux, bien sûr, et les gens… de tout âge : du bébé à la petite mamie. C’est très varié, on ne s’ennuie jamais, en tout cas si on s’intéresse à ce que l’on fait.

Pour répondre par simplicité aux personnes qui posent la question sur le métier d’orthoptiste, sans attendre de réponse précise, je dis que nous somme une sorte de « kiné des yeux ». Ce n’est pas faux, mais il y a mieux comme définition ! 

Alors parfois je rajoute les notions de strabisme, d’enfant à qui on cache un œil pour faire travailler l’œil moins bon, ou encore des cas plus communs de fatigue visuelle, et ça leur parle un peu plus.

Ou bien, j’ajoute que nous pouvons faire aussi les examens complémentaires des ophtalmologues. Et il y aurait tant d’autres choses à ajouter ! j’en oublie moi-même…

Sinon la décomposition étymologique du mot fait l’affaire : « ortho » = droit et « opto » = vision. Autrement dit, on remet la vue et les yeux en face des trous !

Quand et pourquoi consulter un orthoptiste ?

Ouh là ! Par où commencer …

Pour les tout-petits, des dépistages sont recommandés aux âges de 9 mois puis de 2 ans et demi-3 ans. On surveille alors les réflexes visuels, le bon fonctionnement des muscles, la possible présence d’un défaut visuel ou la possible différence de vue entre les deux yeux, nommée amblyopie.

enfant passant un test visuel chez un ophtalmologiste
Photo by nrd on Unsplash

Pour des enfants, on pourra également être amené à faire un bilan orthoptique lors de difficultés dans les apprentissages, afin de s’assurer que la vue et le développement oculomoteur et neuro-visuel ne sont pas en cause.

Plus tard (ou même encore enfant) on pourra consulter un orthoptiste pour des problèmes de fatigue visuelle, de vision floue malgré les lunettes, ou de maux de tête survenant plutôt en fin de journée ou après du temps passé sur écran par exemple.

Il faut aussi penser à l’orthoptiste lorsque l’on a des sensations de vertiges, de déséquilibre ou de nausées, alors que d’autres causes plus évidentes ont été éliminées.

Et puis on viendra sans doute voir un orthoptiste plus rapidement si une vision double apparait, de manière permanente ou non.

C’est déjà pas mal de raisons !

Comment se déroule une séance et quelle est sa durée moyenne ?

La séance d’orthoptie qu’on connait le plus et celle que l’on appelle nous, une rééducation pour insuffisance de convergence : une difficulté à fusionner les images pour n’en faire qu’une.

C’est une séance qui dure environ 20 minutes et elle consiste, grâce à divers outils, à faire travailler les muscles oculomoteurs : 6 muscles autour de chaque œil !

On travaille alors les mouvements dits conjugués, dans la même direction pour les deux yeux (suivre un objet, passer d’un point A à un point B) et les mouvements dits dis-conjugués, dont le plus connu est celui du strabisme, c’est à dire loucher.

Alors la plupart du temps, grossièrement, on réapprend aux patients à loucher et à utiliser au mieux leurs yeux sans se fatiguer.

Il existe aussi d’autres types de rééducation :

Des séances d’une demi-heure pour des enfants présentant des troubles d’apprentissages avec difficultés de discrimination visuelle, de troubles de la coordination œil-main, ou encore d’un trouble visuo-spatial par exemple.

Des séances de 45 minutes pour des personnes déficientes visuelles, des personnes âgées, par exemple, ayant une pathologie chronique qui altère leur vision : il s’agit alors de les aider au mieux à apprendre à utiliser leur vision résiduelle.

mains tenant des lunettes sur fond de tableau de lettres
Photo by David Travis on Unsplash

Quelles sont les qualités requises pour être un bon orthoptiste selon vous ?

Pour moi un bon orthoptiste doit être empathique, calme et réfléchi. Il doit savoir entendre et communiquer, en s’adaptant au mieux à la personne en face de lui.

Un bon esprit de déduction aussi peut-être, un peu de logique.

Quelles études permettent d’accéder à votre profession ?

Une école d’orthoptie, sur 3 années d’études. Depuis quelques années ces études ont été adaptées et reconnues en tant que licence.

Il existe plusieurs écoles en France. On parle d’école mais ces études sont publiques, au même titre que la fac.

Quel message pourriez-vous donner à un jeune qui voudrait faire ce métier ?

Fonce ! N’hésite pas. Tu seras accueilli à bras ouverts. Et si tout se passe bien il n’y a pas de raison que ça ne te plaise pas !

Pour aller plus loin :

Si cette profession paramédicale vous tente, sachez que depuis la rentrée 2020, suite à la réforme de l’accès aux études d’orthoptie, les candidatures se font sur Parcoursup (plateforme nationale de préinscription en première année de l’enseignement supérieur en France).

Jusque-là, le concours pour entrer en école d’orthoptiste était composé d’épreuves écrites et orales, mais depuis son intégration sur Parcoursup, la formulation de candidature se fait sur dossier unique et les candidats passent par un tout nouveau système d’entretien oral, selon l’établissement choisi.

Pour devenir orthoptiste, il faut obtenir, en 3 ans, comme précisé par Melissa, un diplôme d’état décerné par 16 établissements qui en assurent la préparation à ce jour, en France.

Pour plus de précisions sur la procédure à suivre, vous pouvez aller voir ces quelques liens :

prepascore ; letudiant ; sciencesplus

Grand merci à Melissa pour avoir accepté cet entretien sur son métier passionnant !